AVANT QUE LE LION NE S'AMUSE AVEC LES COLOMBES (SUITE)

II. Vertige

Soit dit en passant la question mériterait d'être posée à une belle fée gore. Et l'on constate que Norman devenue zombie, troquant son jean pour une robe se fut rebaptisée au moins trois fois dans sa vie. Les traumas d'une enfance perdue trop tôt lui avaient octroyé que peu de répits. Tandis que Jim, pour sa part, quand il sentait son coeur s'assécher, parachutait ses fantasmes dans ses désirs avant de sombrer dans la mélancolie. La suite n'est pas très reluisante... L'oeuvre devenant peu à peu un produit, c'est comme une malediction qui devait s'emparer de la pauvre enfant, répétant tragiquement les opérations de souillures, les terribles dessins que son entourage lui infligeait. Le glissement du sujet à l'objet... Inévitables désenchantements qu'engendrent le glissement de l'esprit à l'extérieur du corps, passant de l'objet du fantasme au sujet fantôme. Vertige, déjà, des possessions à venir et qui fut, presque ironiquement, le fruit des possédés du passé.

Tout cela menait à la peur. Peur d'enfanter le vide. Peur d'enfanter une forme de mort (la mort de la forme). Peur que sa propre couche devienne une fosse sans fond... Peur surtout de donner naissance à Aïon... La peur des trous noirs... Norman a été aspirée par Marylin. Quand il ne resta qu'elle, quand elle ne demeurera qu'une seule entité unifiée, finie... Alors elle s'aspira elle même. Elle n'avait pas vu l'ange passer. Elle n'avait donc pas pu lui arracher une touffe de cheveux pour arrêter le temps... Le sentiment de vertige avait gagné depuis longtemps. Et ceux qui l'entouraient ne voyaient déjà plus la profondeur béante qui s'insinuait en elle. Il ne voyaient qu'un corps désincarné. Un zombie. Ils avaient des objectifs et des objets. Ils confondaient souvent l'envie et la passion, l'amour et la pulsion. Elle deviendrait la possession, tandis qu'eux exacerberaient l'appropriation et la propriété... Sa propre couche est vraiment devenue une fosse sans fond et à son tour elle se mit à recevoir la visite d'un de ces bourreaux d'inquisiteurs. Mais ce n'est pas le sentiment de culpabilité qui a eu raison de la pauvre enfant. Elle y resista vailament, aidée par les drogues et les médicaments. Ce furent les béances de son passé, les aspirations successives. Elle voulait ceuillir une fleur d'insouciance, comme elle l'avait fait par le passé. La petite graine qu'elle avait semé, ses remords qu'elle avait englouti avaient du atteindre les abysses il y a bien longtemps. Ils avaient du éclore. Pourtant elle n'arrivait pas à trouver la fleur d'insouciance. Il fallut qu'elle plonge pour tenter d'arracher au passé la fleur qu'elle avait du planter par la passé. Il fallut qu'elle plonge, mais les abysses avaient laissés la place à un trou noir, un puit sans fond qui l'avalait: le fameux trou noir...

E.K 

TO BE CONTINUED

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