AVANT QUE LE LION NE S'AMUSE AVEC LES COLOMBES

SOMMAIRE :                 
CHAPITRE  I /  Naufragé 

CHAPITRE II /      Vertige


 

I. Naufragé

Extrait d'un journal anonymé:

« Une amertume qui se consume lentement. Voilà... Ce que ça devrait être. Une amertume qui s'évapore, part en fumée et disperse ses poussières aveuglantes dans la bouche béante d'un univers alentour. Et cette appréhension. Toujours cette appréhension. Celle de les voir attrapées au vol, échouées sur la rétine d'un autre de passage... Comme de minuscules poussières de haine vomissant les rêves et les désirs des marins médusés et solitaires, un radeau à moitié détruit pour seul amarrage. Et la peur qui s'engouffre lentement dans les heures à venir.

La solitude a su dresser les ponts de la solicitude et ce sont des lieux et des êtres inconnus qui m'appellent... Après le viol intime d'un fantasme éhonté et la dérive naufragée de tant de jours passés, le vertige revient à l'abîme féconde de tant de rêves que je n'ai pu convoquer.

Souillé. Minuscule brin de moi, seul. Il devient indispensable d'allumer l'amertume. Qu'elle brûle enfin et que je puisse à nouveau faire éclore des rêves. Que je puisse à nouveau désirer.

Je ne sais par quelle opération magique je dusse exprimer tout ceci par la parole. Déchargeant mon or alitée et les soubresauts de ma conscience qui reflétaient déjà le sarcasme de je ne sais quel destinataire mal attentionné lointain (et pourtant si proche à la fois,comme intrinsèque)...

L'inquisiteur qui siégeait alors si confortablement dans mon inconfort, ordonnait que l'on détruise ardemment mon fort intérieur. Il faisait alors ce qu'il savait faire de mieux: il condamnait... Et pire encore, il comuniait.

La haine était alors vouée à circuler. Toute la haine qui avait pu l'amener à tétaniser mon être s'accouplerait avec mes ressentiments (ces vagues réminiscences sorties de nul part, extraits d'un inconscient violenté) et enfanterait de moults germes d'amertumes, des remords et autres boutons de peurs...

Après quoi je décidait de brûler l'amertume, de noyer les remords et de canaliser mes peurs... J'espère que l'amertume se consume bien et que les remords on pu rejoindre les abysses ou les attend un sol fécond, d'une noirceur qui fagocite tout; un sol ou poussera plus tard une petite fleur d'insouciance... »

Pendant tout se temps je me suis terré. Après le naufrage. Après les affres de la mélancolie intime inspirée par la solitude. Après avoir reconnu qu'on peut être soi même son propre bourreau. Après avoir reçu la visite d'êtres plus ou moins vengeurs. Après la douce folie et la cruelle démence... Il a fallut que je me terre. Et je ne peut m'empêcher de penser que Platon a peut être eu tord en condamnant si vite la caverne et les ombres qui s'y reflètent. Les ombres sont peut êtres trompeuses pour ce qui est de ce qui leur donne naissance. Mais elle le sont beaucoup moins s'il on considère celui qui les interprette... C'est qu'il projette lui aussi, celui qui est enfermé dans la caverne. C'est qu'il est déjà capable de créer, de travestir, de détourner sa propre réalité. Les fantômes devenant fantasme, il peut se mettre à désirer. L'âme et l'esprit sont ils à ce point attachés au corps qu'ils leur soit impossible de voyager ailleurs ?...

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CHAPITRE II : VERTIGE

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